Homélie pour le
dix-neuvième Dimanche dans l'Année - Année C
- Lc. 12, 32-48
par le
Chanoine Dr. Daniel Meynen
" «Ne crains
point, petit troupeau, disait Jésus, car il a plu à
votre Père de vous donner le royaume. Vendez vos biens et
donnez-les en aumône ; faites-vous des bourses inusables, un
trésor inépuisable dans les cieux, où le voleur
n'approche pas, où le ver ne ronge pas. Car où est
votre trésor, là aussi sera votre coeur.»
" «Tenez-vous
ceintures aux reins, lampes allumées. Soyez semblables à
des gens qui attendent leur maître, à son retour des
noces, afin de lui ouvrir dès qu'il arrivera et frappera.
Heureux ces serviteurs que le maître, à son retour,
trouvera veillant ! Oui, vous dis-je : il se ceindra, les fera
mettre à table et passera les servir. Qu'il arrive à
la deuxième ou à la troisième veille, heureux
ces serviteurs, s'il les trouve veillant ! Sachez-le bien : si le
maître de maison avait su à quelle heure le voleur doit
venir, il n'aurait pas laissé forcer sa maison. Vous aussi,
tenez-vous prêts, car le Fils de l'Homme va revenir à
l'heure que vous ne pensez pas.»
" Pierre lui dit
alors : «Seigneur, cette parabole s'adresse-t-elle à
nous seuls, ou à tout le monde ?» Le Seigneur reprit :
«Quel est l'économe sage et fidèle que le maître
établira sur ses gens, pour leur donner en temps voulu leur
mesure de blé ? Heureux ce serviteur que le maître, à
son retour, verra se conduire ainsi ! Je vous le dis en vérité
: il l'établira sur tous ses biens. Mais si cet intendant se
dit : Le maître tarde à revenir, et s'il se met à
battre les serviteurs et les servantes, à manger, à
boire et à s'enivrer, son maître reviendra le jour où
il ne s'y attend pas et à l'heure qu'il ignore ; il le fera
mettre en pièces et lui donnera le sort des infidèles.»
" «Un
serviteur informé de la volonté de son maître, et
qui n'a rien préparé pour exécuter ses désirs,
sera battu d'un grand nombre de coups. Celui qui, sans la connaître,
aura mérité des coups par sa conduite, en recevra peu.
On exigera beaucoup de celui à qui l'on a beaucoup donné.
Plus on a confié à quelqu'un, plus on exigera de
lui.» "
Homélie :
" «Ne crains
point, petit troupeau, disait Jésus, car il a plu à
votre Père de vous donner le royaume.» "
L'évangile de ce
jour commence par une des plus belles paroles de Jésus : "Ne
crains point, petit troupeau..." Quel amour, quelle tendresse
dans ces quelques mots ! "Ne crains point..." Jésus
sait combien l'esprit de l'homme est blessé depuis la faute
originelle : la peur, la crainte immodérée de Dieu a
envahi l'âme humaine depuis cet instant funeste du premier
péché des hommes... Car ce premier péché
a fait connaître à l'homme la peur de Dieu, une peur
justifiée par la culpabilité de l'homme, mais une peur
démesurée, une peur attisée par le démon
: "Le Seigneur Dieu appela l'homme : «Où es-tu ?»
dit-il. Il répondit : «Je t'ai entendu passer dans le
jardin ; j'ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché.»"
(Gn. 3, 9-10)
Pour que l'homme n'ait
plus une peur démesurée de Dieu, mais seulement une
crainte respectueuse et filiale, Dieu s'abaissa jusqu'à
l'homme en lui envoyant son propre Fils : "Quoiqu'il fût
de condition divine, il ne s'est pas prévalu de son égalité
avec Dieu ; mais il s'est anéanti lui-même en prenant la
condition d'esclave et se faisant pareil aux hommes." (Phil. 2,
6-7) En Jésus, Dieu se fait notre serviteur : il veille sur
nous par sa Divine Providence, il nous montre le chemin du Ciel, il
nous donne déjà un avant-goût de son Royaume !
"... car il a plu à votre Père de vous donner le
royaume."
" «Vendez
vos biens et donnez-les en aumône ; faites-vous des bourses
inusables, un trésor inépuisable dans les cieux, où
le voleur n'approche pas, où le ver ne ronge pas. Car où
est votre trésor, là aussi sera votre coeur.» "
Si Dieu est à
notre service, que pouvons-nous faire de mieux de nous mettre nous
aussi à son service ? Sinon, Dieu ne pourrait-il pas nous
accuser d'ingratitude envers lui ? Sans doute, diront certains ;
mais qu'est-ce que Dieu vient faire là dans notre vie ? ne
pourrait-il pas nous laisser tranquille ? En effet, beaucoup de gens
aujourd'hui vivent en sa passant de Dieu. Dieu, pourquoi faire ? Le
monde et ses richesses semblent suffire à les rendre heureux,
du moins en apparence... En fait, c'est un bonheur illusoire, une
tromperie, comme une drogue... L'argent, les biens matériels,
le plaisir des sens, la luxure, tout cela conduit les hommes et les
femmes de notre temps à la pire folie : celle de la
glorification du "moi" !
Pour en sortir, il n'y a
qu'une solution : la vie de l'évangile, la vie du service des
autres, la vie du service de Dieu pour le salut du monde !
Qu'aurons-nous fait de notre vie si nous ne l'aurons pas employée
à servir Dieu ? Où avons-nous placé notre
trésor ? Est-ce dans les billets de banque qui sont dans
notre coffre-fort, dans les briques qui composent notre maison, ou
dans notre belle voiture flambant neuf ? Réfléchissons-y
! Avons-nous vraiment décidé de nous mettre au service
de Dieu ? Regardons notre Crucifix, et écoutons Saint Paul :
"Et quand il eut revêtu l'aspect d'un homme, il s'est
encore abaissé lui-même en se rendant obéissant
jusqu'à la mort, la mort de la croix." (Phil. 2, 7-8)
Suivons le conseil du
Seigneur : "Vendez vos biens et donnez-les en aumône ;
faites-vous des bourses inusables, un trésor inépuisable
dans les cieux, où le voleur n'approche pas, où le ver
ne ronge pas. Car où est votre trésor, là aussi
sera votre coeur." Ce qui nous empêche de servir Dieu,
c'est notre attachement aux créatures, et surtout à
nous-même !
" «Tenez-vous
ceintures aux reins, lampes allumées. Soyez semblables à
des gens qui attendent leur maître, à son retour des
noces, afin de lui ouvrir dès qu'il arrivera et frappera.
Heureux ces serviteurs que le maître, à son retour,
trouvera veillant ! Oui, vous dis-je : il se ceindra, les fera
mettre à table et passera les servir. Qu'il arrive à
la deuxième ou à la troisième veille, heureux
ces serviteurs, s'il les trouve veillant ! Sachez-le bien : si le
maître de maison avait su à quelle heure le voleur doit
venir, il n'aurait pas laissé forcer sa maison. Vous aussi,
tenez-vous prêts, car le Fils de l'Homme va revenir à
l'heure que vous ne pensez pas.» "
Dieu s'est abaissé
le premier, car, le premier, il nous a aimés : "Nous
aimons, parce que lui, le premier, nous a aimés." (1 Jn.
4, 19) Si, ensuite, nous nous abaissons devant Dieu en le servant de
toute notre âme, de toutes nos forces, de tout notre amour,
alors, à la fin, notre récompense sera le Repas avec
Dieu, dans un tête-à-tête, un face-à-face
éternel avec Dieu qui nous aura élevé jusqu'à
lui dans une gloire sans fin ! "Oui, vous dis-je : il se
ceindra, les fera mettre à table et passera les servir."
Déjà, aujourd'hui, cela peut devenir réalité
! Car, nous allons bientôt être invité à
la Table eucharistique, où le Seigneur lui-même se fait
notre serviteur : le fait que Jésus soit présent parmi
nous sous les apparences de nourriture et de boisson est un signe de
son service à notre égard ; et notre foi en Celui que
nous ne voyons pas est, de notre part, le signe de notre service
envers le Dieu du Ciel, et le Seigneur des Seigneurs !
" Pierre lui dit
alors : «Seigneur, cette parabole s'adresse-t-elle à
nous seuls, ou à tout le monde ?» Le Seigneur reprit :
«Quel est l'économe sage et fidèle que le maître
établira sur ses gens, pour leur donner en temps voulu leur
mesure de blé ? Heureux ce serviteur que le maître, à
son retour, verra se conduire ainsi ! Je vous le dis en vérité
: il l'établira sur tous ses biens. Mais si cet intendant se
dit : Le maître tarde à revenir, et s'il se met à
battre les serviteurs et les servantes, à manger, à
boire et à s'enivrer, son maître reviendra le jour où
il ne s'y attend pas et à l'heure qu'il ignore ; il le fera
mettre en pièces et lui donnera le sort des infidèles.» "
Pierre pose alors une
question à Jésus : "Seigneur, cette parabole
s'adresse-t-elle à nous seuls, ou à tout le monde ?"
Le Seigneur répond par une autre parabole... En fait, qui
est le plus "serviteur" parmi les disciples du Christ,
sinon Pierre lui-même ? Le Pape, Successeur de Pierre, ne se
proclame-t-il pas le "Serviteur des Serviteurs de Dieu" ?
Car il faut bien un ordre et une hiérarchie dans l'Eglise.
Tous les chrétiens, serviteurs de Dieu et serviteurs les uns
des autres, doivent vivre dans une certaine harmonie, la plus
parfaite soit elle. Cela suppose que certains "serviteurs"
soient les supérieurs d'autres "serviteurs", ce qui
n'est pas sans danger... Ces supérieurs doivent donc veiller
à remplir leur mission avec sagesse et mesure, en évitant
que leur mission de supérieurs ne prévalle sur celle de
serviteurs. Aussi, le plus élevé de ces
supérieurs, le Pape, veut se proclamer et être vraiment
le "Serviteur des Serviteurs de Dieu" !
" «Un
serviteur informé de la volonté de son maître, et
qui n'a rien préparé pour exécuter ses désirs,
sera battu d'un grand nombre de coups. Celui qui, sans la connaître,
aura mérité des coups par sa conduite, en recevra peu.
On exigera beaucoup de celui à qui l'on a beaucoup donné.
Plus on a confié à quelqu'un, plus on exigera de
lui.» "
Bien que cette dernière
sentence du Seigneur s'applique à tous ceux qui ont reçu
une charge dans l'Eglise, on peut aussi l'appliquer à tous
ceux et celles qui ont reçu des grâces spéciales
et des faveurs particulières pour le bien de toute l'Eglise.
Notamment, la Très Sainte Vierge Marie. Celle qui est devenue
la Mère de Dieu a reçu une grâce incomparable,
mais une grâce qui l'a poussée à se dire en toute
humilité : "la servante du Seigneur" (Lc. 1, 38).
Cette grâce, Marie en témoigna fidèlement durant
toute sa vie sur terre, mais surtout au pied de la Croix, où,
vraiment, le Seigneur exigea d'elle "beaucoup"... "On
exigera beaucoup de celui à qui l'on a beaucoup donné."
Prions la Très
Sainte Vierge Marie, afin qu'elle fasse de nous de vrais serviteurs
de Dieu ! Amen !
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