![]()
Homélie
pour le vingt-septième Dimanche Is 5, 1-7 - Ph 4, 6-9 - Mt 21, 33-43 par le Chanoine Dr. Daniel Meynen
Le fruit de la vigne
|
|
Is 5, 1-7
Is 5, 1, Je veux chanter pour mon ami son chant d'amour pour sa vigne : Mon ami possédait une vigne sur un coteau fertile. 2, Il la bêcha, en ramassa les pierres ; il la planta de ceps choisis. Il bâtit une tour en son milieu, il y creusa un pressoir. Il comptait sur une récolte de raisins, mais elle ne donna que du verjus. 3, Eh bien, gens de Jérusalem, et vous, hommes de Juda, soyez juges entre moi et ma vigne. 4, Que pouvait-on faire pour ma vigne, que je n'aie point fait ? Pourquoi, quand je comptais lui voir porter des raisins, n'a-t-elle donné que du verjus ? 5, Eh bien, je vais vous apprendre ce que je vais faire à ma vigne : j'en arracherai la haie pour qu'elle soit broutée, j'en abattrai le mur pour qu'elle soit piétinée. 6, Je la ferai saccager ; elle ne sera plus taillée ni bêchée, il n'y poussera que des ronces et des épines ; j'interdirai aux nuages de répandre leur pluie sur elle. 7, La vigne du Seigneur des armées, c'est la maison d'Israël, et les gens de Juda sont le plant de sa prédilection. Il en escomptait de la justice, et voici le sang répandu, de la droiture, et voici des cris de détresse.
Tout récemment, en faisant mes courses au supermarché, je rencontre un homme que je connais depuis quelques temps. Il m'apprend alors, ce que j'ignorais jusque là, qu'il avait été alcoolique, mais que, maintenant, il va beaucoup mieux, étant abstinent depuis plusieurs années déjà. Il me pose néanmoins cette question que, d'emblée, je trouve plutôt dénuée de sens : "Pourquoi Dieu (il me parle volontiers de Dieu, car il est très croyant) a-t-il créé une chose aussi mauvaise que le vin ?"
L'aversion pour le vin de la part d'un alcoolique devenu abstinent est fort compréhensible. Mais, vraiment, cette aversion est ici mal formulée. Car le vin n'est pas une mauvaise chose. Surtout, ce n'est pas une mauvaise chose créée par Dieu. Dieu, en effet, n'a rien créé de mauvais : "Dieu considéra toute son oeuvre, et il vit que cela était très bon." (Gn 1, 31) Dieu a raison, bien évidemment. Toutes les créatures sont bonnes en elles-mêmes. Si l'une ou l'autre nous apparaît comme mauvaise, c'est parce que l'homme, et non pas Dieu, y a mis quelque chose de mauvais.
Pour reprendre l'exemple de la vigne et du vin, c'est l'excès de vin qui est mauvais, c'est boire trop de vin qui est mauvais. Le vin n'est pas mauvais et l'homme doit rester raisonnable en n'en prenant pas trop. Notons, par exemple, que Saint Benoît, dans sa Règle, reste très prudent quant à l'usage du vin : "Nous lisons que le vin ne convient aucunement aux moines. Pourtant, puisque, de nos jours (il parle du sixième siècle), on ne peut en persuader les moines, convenons du moins de n'en pas boire jusqu'à la satiété, mais modérément, car le vin fait apostasier même les sages." (Chapitre 40)
Si l'homme fait un mauvais usage de la nature, telle que le vin de la vigne, il s'ensuit un dérèglement de la bonne marche du monde : l'homme s'enivre et perd la raison. Dans la prophétie d'Isaïe que nous lisons aujourd'hui, c'est, apparemment, la nature qui se dérègle elle-même : la vigne n'a pas produit de raisins mûrs, mais du verjus, c'est-à-dire des raisins verts, selon l'étymologie classique du mot verjus, venant de "vert" et de "jus", un "jus vert", qui n'est pas mûr. En fait, ce n'est pas la nature qui s'est déréglée. Car la nature a ses lois et elle n'en change pas. Par contre, c'est une certaine action de l'homme sur la nature qui a provoqué un dérèglement.
Si Isaïe écrit ces paroles sur la vigne, c'est pour nous raconter l'histoire du Peuple de Dieu par manière d'allégorie. Ainsi, il nous apprend que "la vigne du Seigneur des armées, c'est la maison d'Israël" (Is 5, 7). Et, parlant du Seigneur, Isaïe précise : "Il en escomptait de la justice, et voici le sang répandu." (Is 5, 7) Or tout cela veut dire que le Peuple de Dieu n'a pas été fidèle dans l'attente du Messie, le Soleil de Justice, qui devait faire mûrir le coeur de chaque homme et de chaque femme, tout comme le soleil matériel devait faire mûrir chaque grain de raisin de la vigne du Seigneur. "Que pouvait-on faire pour ma vigne, que je n'aie point fait ? Pourquoi, quand je comptais lui voir porter des raisins, n'a-t-elle donné que du verjus ?" (Is 5, 4)
|
|
Ph 4, 6-9
Ph 4, 6, Ne vous inquiétez de rien ; mais en tout état de choses, faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications avec actions de grâces. 7, Et la paix de Dieu, qui dépasse toute intelligence, gardera vos coeurs et vos pensées dans le Christ Jésus. 8, Au reste, frères, tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui a bon renom, tout ce qui est vertueux et louable, que tout cela soit l'objet de vos pensées. 9, Ce que vous avez appris, reçu et entendu de moi, ce que vous m'avez vu faire, pratiquez-le, et le Dieu de paix sera avec vous.
Pas de vigne ni de vin chez Saint Paul dans la lecture de ce jour. Néanmoins, si nous recourons à l'évangile et aux paroles de Jésus, fondements de la prédication de Saint Paul, et notamment aux paroles de Jésus sur la vigne et les sarments, nous pouvons retrouver dans la seconde lecture de ce dimanche une relation avec la vigne et le vin dont parlent la première lecture et l'évangile. En effet, Jésus disait : "Je suis le cep ; vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit, car, hors de moi, vous ne pouvez rien faire." (Jn 15, 5)
Si Jésus, qui est le cep, est en nous, et si nous, qui sommes les sarments, sommes en Jésus, alors, Jésus et nous, nous sommes semblables : nous sommes d'autres Christs. N'est-ce pas ce que Saint Paul demande aux chrétiens qui l'écoutent ? En effet, il leur demande de l'imiter et de faire ce qu'il a fait ! Il leur demande d'être semblables à lui, autant que faire se peut, autant que la grâce de Dieu le leur permet : "Ce que vous avez appris, reçu et entendu de moi, ce que vous m'avez vu faire, pratiquez-le, et le Dieu de paix sera avec vous." (Ph 4, 9)
|
|
Mt 21, 33-43
Mt 21, 33, Jésus disait : «Ecoutez une autre parabole : il y avait un père de famille qui planta une vigne. Il l’entoura d’une haie, il y creusa un pressoir et y bâtit une tour. Il la confia ensuite à des vignerons, et quitta le pays. 34, Vint le temps des vendanges. Il envoya ses serviteurs auprès des vignerons pour recueillir le produit de sa vigne. 35, Mais les vignerons saisirent les serviteurs, battirent l’un, tuèrent l’autre, en lapidèrent un troisième. 36, Il envoya d’autres serviteurs en plus grand nombre que les premiers, et ils les traitèrent de même. 37, Enfin, il leur envoya son propre fils, se disant : Mon fils, ils le respecteront. 38, Mais quand les vignerons virent le fils, ils se dirent : Voilà l’héritier ; allons-y ! tuons-le et l’héritage est à nous ! 39, Ils mirent la main sur lui, l’entraînèrent hors de la vigne et l’assassinèrent. 40, Eh bien ! quand le maître de la vigne reviendra, comment va-t-il traiter ces vignerons ?» 41, On lui répondit : «Il fera périr sans pitié ces misérables ; il louera sa vigne à d’autres vignerons qui lui en donneront le produit en son temps.» 42, Jésus ajouta : «N’avez-vous jamais lu dans les Ecritures : "La pierre mise au rebut par les maçons est devenue la pierre d’angle. C’est l’oeuvre du Seigneur, et c’est merveille à nos yeux" (Ps. 117, 22-23) ? 43, C’est pourquoi je vous le dis, le royaume de Dieu vous sera ôté pour être remis à un peuple qui en produira les fruits.»
Dans l'évangile de ce jour, Jésus prophétise, complétant ainsi ce qu'Isaïe avait annoncé quelque huit siècles plus tôt. Le Peuple juif n'a pas donné de fruit, il n'a pas été la vigne du Seigneur et n'a pas porté de fruit au temps où il devait être récolté. Au contraire, depuis l'Incarnation du Verbe, depuis que la Très Sainte Vierge Marie a conçu le fruit de ses entrailles par l'opération de l'Esprit-Saint, depuis ce temps, c'est Marie elle-même et toute l'Église en elle qui est la vraie vigne du Seigneur, la vigne éternelle, celle qui porte du fruit dans l'Esprit-Saint, fruit qui n'est autre que le Christ, Hier et Aujourd'hui !
Dans la communion de ce jour, nous allons recevoir le fruit de la vigne, Jésus, Celui qui porte l'Esprit d'Amour ! Que la Très Sainte Vierge Marie prépare notre coeur à la réception de ce fruit divin !
|
| Pour commander tout de suite l'homélie hebdomadaire, cliquez ici ! |