Homélie pour la Solennité de
l'Assomption de Marie au Ciel

Ap 11, 19a ; 12, 1-6a et 10ab - 1 Cor 15, 20-26 - Lc 1, 39-56

par le Chanoine Dr. Daniel Meynen


L'Assomption de Marie



Ap 11, 19a ; 12, 1-6a et 10ab


Ap 11, 19a, Le temple céleste de Dieu s'ouvrit alors, on aperçut à l'intérieur l'Arche de son alliance. 12, 1, Ensuite parut, dans le ciel, un grand signe : une Femme enveloppée dans le soleil, la lune sous les pieds, la tête couronnée de douze étoiles. 2, Elle était enceinte et criait dans les douleurs et le travail de l'enfantement. 3, Puis un second signe apparut au ciel : un grand Dragon roux, à sept têtes et dix cornes, et sur les sept têtes sept diadèmes. 4, Il balayait de la queue le tiers des étoiles, et les précipita sur terre. Ce Dragon se posta devant la Femme prête à enfanter, pour dévorer son enfant dès qu'elle l'aurait mis au monde. 5, Or elle enfanta un Fils, un mâle, Celui qui doit mener à la baguette de fer toutes les nations païennes. Mais son enfant fut enlevé auprès de Dieu et de son trône. 6a, La Femme alors fuit au désert, où elle a sa retraite ménagée par Dieu. 10ab, J'entendis alors une forte voix céleste dire : «Maintenant sont arrivés le salut, la puissance et la royauté de notre Dieu, ainsi que la domination de son Christ.»



1 Cor 15, 20-26


1 Cor 15, 20, Voici que le Christ est ressuscité des morts ; il est les prémices de ceux qui sont morts. 21, En effet, c'est par un homme que la mort est venue ; c'est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. 22, Tous meurent en Adam, ainsi tous revivront dans le Christ, 23, mais chacun à son propre rang : comme prémices, le Christ ; ensuite ceux qui seront au Christ, lors de son avènement. 24, Puis viendra la fin, quand il remettra le royaume à Dieu le Père, après avoir réduit à rien toute principauté, toute domination, toute puissance. 25, Car il faut qu'il règne, jusqu'à ce qu'il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds. 26, Le dernier ennemi qui sera anéanti, c'est la mort ; car Dieu a tout mis sous ses pieds.



Lc 1, 39-56


Lc 1, 39, En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit en hâte au pays des montagnes, dans une ville de Juda. 40, Elle entra chez Zacharie, et salua Elisabeth. 41, Or, dès qu'Elisabeth entendit la salutation de Marie, son petit enfant se mit à remuer en son sein, et elle fut elle-même remplie de l'Esprit-Saint. 42, Elevant la voix, elle s'écria : «Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. 43, Et d'où me vient cet honneur que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? 44, Car, à l'instant où le son de ta voix me saluant a frappé mes oreilles, mon petit enfant s'est mis à remuer d'allégresse en mon sein. 45, Heureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui ont été adressées de la part du Seigneur !» 46, Et Marie dit : «Mon âme magnifie le Seigneur, 47, et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur, 48, parce qu'il a jeté les yeux sur la pauvreté de sa servante. Car voici que désormais toutes les générations me proclameront bienheureuse, 49, parce que le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses. Son nom est saint, 50, et sa miséricorde s'étend d'âge en âge sur ceux qui le craignent. 51, Il a déployé la force de son bras ; il a dispersé les coeurs pleins de pensées orgueilleuses ; 52, il a jeté à bas de leurs trônes les puissants, et relevé les humbles ; 53, il a comblé de biens les affamés, et renvoyé les riches les mains vides. 54, Il a secouru son serviteur Israël, en se souvenant de sa miséricorde 55, - comme il l'avait promis à nos pères - envers Abraham et sa postérité, pour toujours.» 56, Marie demeura chez Elisabeth environ trois mois, puis s'en retourna chez elle.


Homélie :


Nous célébrons aujourd'hui l'Assomption de la Vierge Marie au Ciel ! Celle qui a vu son Fils monter au Ciel avec son corps et avec son âme, est elle aussi portée par Dieu dans le Ciel avec son corps et avec son âme ! C'est une vérité de la Foi catholique, apostolique, et romaine ! C'est même un dogme de l'Église catholique défini par le Pape Pie XII le 1er novembre 1950.


Essayons de comprendre un peu pourquoi le corps de Marie a été gratifié d'une telle faveur. Tout d'abord, rappelons-nous que Marie est Immaculée dans sa Conception. Cela veut dire que Marie, par un privilège du Seigneur, a été conçue, par ses parents Joachim et Anne, sans la tache du péché originel. La grâce de Dieu a toujours habité dans son âme, et donc la grâce de Dieu a toujours donné à son corps un certain aspect gracieux et agréable, quoique tout à fait chaste et n'occasionnant pas la moindre tentation. Dieu a toujours aimé Marie dans la plénitude de sa personne, corps et âme tout ensemble.


Dès qu'elle a été en mesure de le faire, Marie s'est offerte librement à Dieu, tant dans son âme que dans son corps. Elle a consacré à Dieu son âme pure et son corps vierge. Elle a toujours persévéré dans cette intention, jusqu'à la fin de sa vie sur terre. Même quand l'Archange Gabriel vient lui annoncer qu'elle va devenir la Mère du Messie, Marie, "pleine de grâce" (Lc 1, 28) dans son âme, objecte qu'elle entend à tout prix, sans condition, rester vierge. Marie est persuadée que telle est la volonté de Dieu pour elle, et elle ne veut à aucun prix y déroger.


Cependant, l'Archange Gabriel donne à Marie l'argument décisif : "L'Esprit-Saint viendra sur toi, et la Puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre." (Lc 1, 35) Ce qui veut dire que le corps de Marie va tout à la fois rester vierge et servir la cause du Fils de Dieu qui va prendre chair de ce corps très pur. Marie y consent, disant : "Voici la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon ta parole." (Lc 1, 38)


Dès que l'Alliance entre Dieu et l'homme est réalisée, corps et âme, dans le Christ, l'Esprit-Saint, Celui que le Christ est venu apporter au monde, n'a pas de plus cher désir que se répandre et venir habiter l'âme de Marie, y déposant toutes sortes de vertus, telle la foi, l'espérance, et la charité, à un degré de perfection inégalable et pour toujours inégalé.


Si l'Esprit-Saint habite dans l'âme de Marie, c'est-à-dire s'il entre en contact spirituel avec son âme, il entre aussi en contact, d'une certaine manière, avec le corps très pur et très chaste de Marie, puisque l'âme anime directement le corps de toute personne humaine. L'Esprit-Saint ne vient pas dans le corps de Marie, mais il honore ce corps en habitant dans l'âme de Marie d'une manière unique, incomparable.


L'Esprit-Saint et Marie sont très proches, très intimes. Rien ne les sépare. Car ils sont, dans le Seigneur Jésus, époux et épouse l'un de l'autre. Le Serviteur de Dieu, Pape Jean-Paul II, a écrit, dans son Encyclique "Redemptoris Mater" sur la Bienheureuse Vierge Marie dans la vie de l'Église en marche : "L'Esprit-Saint est déjà descendu sur elle ; elle est devenue son épouse fidèle à l'Annonciation." (n. 26) Or, que dit la Sainte Écriture, reprise par Jésus lui-même, au sujet du mariage et de la relation entre époux ? Voici : "L'homme quitte son père et sa mère pour s'attacher à sa femme, et ils ne font plus qu'une chair." (Gn 2, 24) En faisant Marie son épouse, l'Esprit-Saint honore son corps d'une manière indissoluble !


L'Esprit-Saint est l'Amour de Dieu personnifié. Malgré les contrariétés, les angoisses, les douleurs de tous genres, Marie a vécu dans cet Amour. Chaque jour, cet Amour grandit en elle, car elle peut se rappeler, dans un souvenir parfait, l'Amour des jours précédents. Or, comme nous sommes tous limités, vient un jour qui est le dernier : Marie ne peut plus se rappeler l'Amour du passé, car l'Amour du passé est devenu présent ! C'est ainsi que Marie, Épouse de l'Esprit-Saint, passe du temps à l'éternité de Dieu.


Marie semble morte, car elle n'est plus du temps, mais bien de l'éternité. Son corps est encore visible jusqu'à ce qu'on le porte dans le tombeau, mais ensuite, il disparaît au regard de tous, notamment de l'Apôtre Thomas, toujours en retard pour les grands événements, afin d'en témoigner plus efficacement.



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